LE YOGA... Gymnastique, philosophie ou spiritualité ?

La question peut sembler déplacée pour certains ; ceux qui ne voient dans le yoga qu’une sorte de gymnastique orientale qui fait intervenir des postures (asanas) et des pratiques respiratoires (pranayama), afin de se calmer du stress si pressant dans nos vies modernes. Les anciens grecs parlaient des « gymnosophistes » en parlant des pratiquants du yoga et n’y voyaient que des athlètes d’un genre nouveau.

Jacques Gudin

Jacques Gudin
Psychanalyste Jungien, spécialiste des religions, dîplomé en viny yoga

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LE YOGA... Gymnastique, philosophie ou spiritualité ?
LE YOGA... Gymnastique, philosophie ou spiritualité ?, par Jacques Gudin

Pour d’autres, le yoga serait une énorme boite à outils, dans laquelle ont peut puiser, largement, avec l’idée qu’elle peut nous apporter le bonheur et l’apaisement, en pensant que nous serons plus performant dans le monde du travail. En fait, une sorte de développement personnel à l’oriental, qui nous rendra serein, invincible, irrésistible…
Il est vrai que la sophrologie, ou le training autogène et bien d’autres méthodes de relaxation et de mieux être, ont largement puisés dans l’énorme fond que constitue le Yoga…
Et que dire du Yoga thérapeutique. Utilisé comme un - auxiliaire médical - on le retrouvera dans certains hôpitaux, ou son apport est tout à fait intéressant, par ailleurs.
Certains y cherchent des capacités surhumaines, et des pouvoirs extra-sensoriels, pour devenir « l’égal des Dieux ».
Le terme - yoga – est ainsi très largement utilisé, et désigne différentes méthodes et pratiques avec des pratiquants qui ont des buts différents… On peut aussi constater qu’à l’intérieur même d’un système de yoga, il y a de nombreuses écoles, avec des différences marquées, tant dans les pratiques que dans la philosophie...

Des yogas parfois très différents

Par exemple, le Hatha-yoga, qui met l’accent sur une pratique corporelle et respiratoire, pour réunir les aspects masculins (soleil) et féminin (lune). Le Kundalini Yoga, sera davantage axé sur l’éveil de la Kundalini, (énergie sensée se situer à la base de la colonne vertébrale, dans le muladhara chakra) et qui par des exercices spéciaux, remonterai le long de la colonne vertébrale, jusqu’au sahasrara chakra, au sommet du crane. Il y a aussi les Yogas tantriques plutôt axés sur les transformations des énergies de l’inconscient pour le libérer des impuretés conflictuelles. Les yogas tibétains utilisent les visualisations de divinités terribles, pour libérer la colère, et les désirs impurs...
En fait il existerait plus d’une centaine de yogas, crées au fil des temps, par des écoles, ou des individualités passionnées… Alors…

Comment s’y retrouver et ou est véritablement l’esprit du Yoga ?

Le yoga une vision du monde, définit par les DARSHANA

L’Inde propose six grandes façons de voir le monde, 6 philosophies ou points de vue nommées « darshana ». Celles-ci se proposent de donner une réponse au sens de la destinée humaine, et son devenir. Elles se placent à des niveaux différents, pour répondre aux questions fondamentales : « Qui sui-je ? »,  « D’où je viens ? », « Ou je vais ? »

Ces 6 philosophies proviennent des védas (livres sacrés de l’Inde). Elles proposent ainsi des approches et des points de vue doctrinaux de la tradition Indoue, ou chacun pourra puiser suivant sa sensibilité.

Elles sont classés par paires, car elles se complètent.

Le Nyaya et Le Vaishesika : Se présentent sous la forme d’une Dialectique logique, analysent les éléments constitutifs de l’univers, et de l’esprit.

Le Samkhya : S’appuie sur les Upanisads, pour délivrer une vision de la structure de l’univers, et du fonctionnement de l’esprit, par une méthodologie de discrimination intellectuelle.
et Le Yoga qui lui est rattaché ; est le point de vue psychologique et psychique de l’homme et de l’univers… C’est le chemin qui mène l’homme à la libération, par le contrôle du mental et des facultés internes, pour finalement arriver à l’union entre l’Atman, et le Brahman. (L’homme et Dieu).

Le Mimamsa : est orienté vers l’étude des textes sacrés ; les cérémonies et rituels de purification, pour atteindre la libération. C’est un point de vue Théologique et Herméneutique…
etLe Vedanta : qui se base aussi sur les Upanisads, et la Bhagavadgita… adopte le point de vue Métaphysique de la non-dualité, ou Dieu (Brahman) est la seule réalité…tout en admettant la réalité illusoire de la Maya…

l'éthimologie du mot «yoga»

Le mot – yoga – dérive de la racine sanscrite – yuj - qui a le même sens que le français : «  joindre, ou relier », ce qui l’apparente au Latin « religare » (religion). Le mot Yoga signifiera donc ce mouvement, destiné à joindre ce qui est disjoint ou dispersé dans l’être humain, et dans le monde.

Nous retrouvons le même sens dans le mot « moine » dont la racine grecque « monos » signifie « être seul en soi-même » ou unifié, dans le sens ou toutes les forces de l’être seront pacifiées, pour se mettre au service d’un but unique - la réalisation du Soi - ou l’union à Dieu.

Patanjali codifie le yoga

D’un point de vue traditionnel, les concepts et la pratique du yoga sont attribués à Patanjali, personne réel ou mythique compilateur des textes du yoga. Son œuvre est contenue dans un traité qui lui est attribué et qui fait autorité : « Le yoga sutra de Patanjali »

Le système de Yoga de Patanjali est encore appelé : Raja-Yoga ou Yoga royal ; parce que son système aborde tous les aspects humains, tant sur des points de vue philosophiques et psychologiques affiliés au système « Samkhya » ; que des apports thérapeutiques, tout en comprenant des enseignements religieux et spirituels. Les concepts fondamentaux de Patanjali, comme celui de « Dieu » sont étudies avec le plus grand intérêt. Des parties entièrement dédiées au yoga ne manquent pas ; et précisent ce qu’est « l’état de Yoga ».

 « Les Yoga-sutra de Patanjali », est constitués de 195 courtes phrases, appelées « aphorismes ».
Il offre un cadre mental épuré, destiné à favoriser l’expérience directe des réalités dont il parle. Ces réalités sont d’ordre spirituel ; et s’intéressent à l’esprit (mental), sa nature, son fonctionnement, et à sa finalité.

Le mot « sutra » désigne la corde à nœud, ou un fil oû sont enfilées des perles, et par extension le chapelet… chaque aphorismes est une pierre précieuse, sur le fil qu’est le recueil complet.
A la fois clairs et transparents, les aphorismes sont des supports de méditation de premier ordre. Ils sont traditionnellement psalmodiés par les pratiquants du Yoga…

Les 4 grandes parties du yoga sutra de Patanjali

Le yoga sutra se compose 4 grandes partie ou cycles :

1- Samadhipada : Cycle de L’unification

Le thème central du Yoga-sutra est le cycle de la l’unification. Très développé, il sert de pivot à tous les autres thèmes abordés.

Il présuppose l’existence au-dedans de soi d’une conscience universelle, qui perçoit tout sans être affectée par les processus qui s’élèvent dans le mental… La pratique du Yoga sera un chemin, composé de moyens habiles, destines à réduire, puis annuler les volitions mentales pour retrouver la conscience immaculée (assimilée à Dieu).

dessin

Ses sutras sont eux meme composés de plusieurs aphorismes (courtes phrases)
comme : Les Aphorismes 2 « Yogaschittavrittinirodhah » et 3 «Tada drastuh svarupé vasthanam » du 1er chapitre, nous donnent l’orientation générale du Yoga. Que nous pouvons commenter de la sorte :

Le yoga est l’aptitude à diriger le mental exclusivement vers un objet, et à soutenir cette direction sans distraction… Alors naît la capacité de comprendre l’objet pleinement et de façon correcte… La pratique suspend les processus mentaux ; pour que la conscience apparaisse telle qu’elle est ; car si ce n’est pas le cas, la conscience s’identifie aux processus mentaux… 

Dans l’état de Yoga, les idées préconçues et les produits de l’imagination, sont maitrisés, réduits ou éliminés… Une fois que ces processus mentaux sont suspendus, ils ne font plus écran à la perception du réel, tel qu’il est en lui-même.
L’état d’Unification ou de Yoga ; s’obtient par la suspension des processus mentaux non perceptifs, tels que la mémoire, le jugement, le raisonnement, l’imagination…
Non perceptifs : signifie que, ce qui perçoit les choses et le monde ne peut être suspendu, car il s’agit de la conscience elle-même. C’est le point fixe qui perçoit sans intermédiaire.

2- Sadhanapada : cycle de la libération

Il se base sur le cycle de l’unification, mais ; allant plus en profondeur, il oriente la pratique ( Sadhanâ), vers l’extinction de tous les conditionnements, qui sont considérés comme des entraves dans le bon déroulement de la vie. Une fois les conditionnements éteints ; la conscience se contemple elle-même en tant que conscience indépendante de l’objet qu’elle appréhende. C’est la libération…

Aphorismes… 1à 27 du chapitre 2.

  • 2-1 La pratique spirituelle nécessite une discipline régulière, une étude approfondie et la confiance en Dieu.
  • 2–2 le but est de mettre fin aux tourments que provoque les aveuglements et de parvenir à l’état de pure conscience.
  • 2-3 Les aveuglements son l’ignorance, l’attachement à l’égo, l’avidité, l’aversion et l’attachement à la vie du corps.
  • 2-4 L’ignorance de la réalité est la source de toutes les autres causes d’aveuglement, l’attentes ou manifestées.
  • 2-5 L’ignorance consiste à confondre la permanence, l’imperfection et le malheur de notre état habituel avec l’éternité, la perfection et le bonheur de l’état d’accomplissement.
  • 2-6 le sentiment de l’égo vient du fait que l’on croit que la conscience appartient à celui qui est conscient.
  • 2-7 l’avidité vient du souvenir du plaisir.
  • 2-8 l’aversion vient de la peur de souffrir.
  • 2-9 l’attachement à la vie est une soif qui touche même les sages.
  • 2-10 lorsque les causes des aveuglements sont légères il suffit de leur appliquer un antidote.
  • 2-11 L’agitation intérieure qu’elle provoque peut être éliminée par la pratique de la méditation.
  • 2-12 les aveuglements proviennent des conséquences présente ou future des actes.
  • 2-13 Tant que la source des aveuglements n’est pas éradiquée, elle donne naissance aux conséquences de ses actes.
  • 2-14 Selon que leur qualité est bonne ou mauvaise, les actes ont des conséquences agréables sou désagréables. (Karma)
  • 2-17 La cause de l’aveuglement est la confusion entre la conscience (le Voyant) et l’objet sur lequel se porte la conscience (le vu).
  • 2-26 Le moyen pour faire cesser la confusion est de pratiquer la contemplation discernante, attentive et constante.
  • 2–27 La pratique se fait en huit étapes…

Les 8 étapes de la pratique du yoga

Patanjali développe à partir de cet l'aphorisme 2–27, une progression en 8 étapes graduelles. Celles-ci sont à la base de tous les yogas.

  1. Yama (préceptes). ils concernent les attitudes extérieures. (La non-violence, dire la vérité, être dans l’honnêteté et sans convoitise, la conduite parfaite, la non avidité.)
  2. Niyama Concerne les attitudes intérieures à acquérir, comme : la pureté, le calme intérieur, la pratique assidue, l’étude de soi, la confiance en Dieu.
  3. Asana (posture). Celle-ci, doit être stable et agréable. En équilibre constant entre tension et détente. Elles participent à la purification du corps et de la psyché.
  4. Pranayama (la respiration). Une fois la posture stabilisée, on régule la respiration, qui comporte l’inspiration, l’expiration, et la suspension. Si on agit sur son rythme, son amplitude et sa quantité, on obtient un souffle allongé et léger. Cette pratique élimine ce qui voile la lumière, et permet de calmer le mental.
  5. Pratyâhâra (ou Le retrait des sens). Par l’intériorisation ; le mental se retire des sens. Il s’intériorise.
  6. Dharanâ (La concentration)… le mental est dirigé sur un objet, ou sur un espace particulier.
  7. Dhyâna (La méditation). La méditation stabilise l’attention dans le temps.
  8. Samâdhi (unification).

3- Vibhuttipada : Le cycle des pouvoirs

C’est un cycle qui met l’accent sur les pouvoirs merveilleux que le pratiquant du yoga, peut se voir gratifié. Il instrumentalise les pouvoirs que l’on peut obtenir par la méditation et les capacités de concentration. Considérés par de nombreux commentateurs postérieurs comme des obstacles sur la voie spirituelle.

Si la pratique du Yoga peut développer des pouvoirs surnaturels (siddhis), ceux-ci ne sont à considérer que comme des manifestations provisoires et de nature inférieure, vis-à-vis de l’objectif final – la réalisation du Soi.

En effet, rechercher les pouvoirs relève de la nature d’un moi-égo qui rentre dans la toute puissance, alors que le but du yoga est l’extinction d’un tel moi, pour rentrer dans la réalisation spirituelle… La recherche de pouvoirs est incompatible avec la dynamique des cycles d’unification et de libération…

4- Kaîvalyapadah : Le cycle de la dévotion

Ce cycle, clos les Yoga-sutra de Patanjali  ; il est l’œuvre de prêtres (brahmanes) ou de religieux ultérieurs, en disant que l’on peut obtenir tout cela (l’unification et la libération) aussi par la Dévotion à Dieu. Pour Patanjali, l’abandon total à Dieu est considéré comme le plus sur moyen de réalisation du Soi.

Prenons comme exemple ces aphorismes :

Aphorisme 4-6

Le mental peut atteindre l’état de Yoga par le biais de la pratique du détachement.

Yoga-sutra de Patanjali

Aphorisme 4-24

Dieu est l’être suprême, dont les actions ne sont jamais fondées sur la méprise… Il n’est pas affecté par la souffrance, ni les conditionnements.

Yoga-sutra de Patanjali

Aphorismes 4-25, 4-26, 4-27, 4-28 et 4-29

Il est la racine de la conscience sans limite…hors du temps, il a lui-même enseigné les anciens… il est l’enseignant ultime… la manière la plus appropriée tien compte des qualités de Dieu et des particularités de la culture dont est issu le pratiquant…ceci peut se faire par la récitation de son nom ou du son OM. Jointe à la prière et la contemplation ; viendra le moment ou la personne percevra sa vrai nature.. et ne sera plus troublée par les obstacles…

Yoga-sutra de Patanjali

Ainsi le yoga devient dans cette perspective la synergie, (la conjonction) de l’âme individuelle et de l’Etre suprême (Dieu)

L’individu est soumis à la souffrance, il désire Dieu et tourne son esprit vers lui, dans un sentiment d’abandon total. Alors le Seigneur suprême écarte de lui tous les obstacles, et l’assure de toutes ses bénédictions, dont la plus haute est l’intégration de l’âme individuelle avec Lui 

S.RAMASWAMI, Les principes fondamentaux du yoga de Patanjali

La finalité du yoga

Aphorisme 1-25 du cycle de L’unification :

Lorsque la méprise est réduite, la clarté augmente d’autant. Ceci est la voie vers la Paix intérieure.

Yoga-sutra de Patanjali

Voilà le but ultime de la pratique du yoga : Avoir la Paix intérieur.

Cette Paix, c’est la Paix de la Source du mental, ce soleil qui est conscience irradiante. Libéré des influences Karmiques des actes, des paroles, et des pensées. C’est la Liberté Véritable…

Les moyens doivent avant tout être dirigés vers le développement de la clarté mentale, pour que deviennent évidente la distinction entre ce qui est changeant (l’esprit), et ce qui est stable et sans changement ; l’immuabilité de ce qui perçoit « La conscience source - Dieu »…

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